Journal Officiel de la République Française
Débats Parlementaires
Compte rendu intégral
Séances du mardi 05 Mai 1998
Lutte contre les exclusions

Suite de la discussion, après déclaration durgence, dun
projet de loi.
DISCUSSION GENERALE
Mme le président :
Dans la discussion générale, la parole est à M. Denis
Jacquat.
M. Denis Jacquat :
Madame
la présidente, mesdames et messieurs les ministres, mes chers collègues, il y a un peu
plus dun an, ici même, sarrêtait brutalement la discussion concernant le
projet de loi dorientation relatif au renforcement de la cohésion sociale.
Aussitôt,
dans les couloirs de lAssemblée Nationale, les députés de lopposition de
lépoque et les associations concernées par ce texte très attendu nous faisaient
promettre den reprendre la discussion à lissue des élections législatives.
Bien entendu, comme nous avions appelé de toutes nos forces, ce projet de loi, nous en
fîmes la promesse en toute sincérité.
Les
élections législatives qui ont suivi ont donné une nouvelle majorité nationale à la
France, et le groupe U.D.F regrette, très sincèrement, que ce projet de loi
dorientation relatif à la lutte contre les exclusions ne nous ait pas été
présenté plus tôt.
En
effet, nous constatons tous, de jour en jour, un accroissement du nombre de personnes, de
familles, victimes de lexclusion, de la précarité, et une diminution du nombre de
ceux qui parviennent à une insertion professionnelle durable.
Nous
voulons favoriser aussi laccès effectif de tous aux droits individuels et
collectifs fondamentaux dans les domaines de lemploi, du logement, de la protection
de la santé, de léducation, de la formation, de la culture et de la vie familiale,
comme il est indiqué dans larticle 1er du projet de loi.
Cependant,
comme je lavais déjà souligné lan passé, sil faut se féliciter de
la volonté dinstaurer lassurance maladie universelle, on ne peut
quêtre étonné de labsence de cette excellente idée dans le texte qui nous
est proposé, et je le regrette.
Pauvreté
et exclusion frappent de plus en plus les forces vives de notre pays. Aujourdhui,
nombreux sont ceux qui craignent de tomber dans lexclusion. Noublions pas que
la crainte de la souffrance est pire que la souffrance elle-même. Cest pourquoi
nous devons davantage encore nous attaquer aux origines de ces cancers qui rongent notre
société.
Il faut
non pas une politique de gestion de la pauvreté, mais une politique de
responsabilisation, non pas une politique entrant dans la logique quantitative
daccumulation de mesures, mais une politique débouchant sur une action
véritablement multidimensionnelle et globale.
Le
projet de loi, sur lequel le groupe U.D.F proposera des amendements en ce sens, doit être
un texte despérance. Il ne doit pas devenir une illusion.
Le texte
qui nous est proposé est, par endroits, le copyright de lexcellent texte mis en
discussion lan passé par Alain Juppé et Jacques Barrot. Je pense donc que le
Gouvernement, parce quil sest appuyé sur ce socle de départ, acceptera nos
propositions qui visent à enrichir le texte et veillent à ce que les espoirs suscités
ne soient pas déçus.
Pour
susciter lespérance, le projet de loi doit effectivement favoriser laccès
aux droits civiques.
Etre
exclu, cest être socialement et moralement hors de la cité, alors même quon
y est physiquement présent.
Il est
de notre devoir de républicains et de démocrates de corriger cette situation et de
donner la parole aux sans-parole car il ny a pas deux sortes de citoyens.
Les
personnes en difficulté ont souvent du mal à bénéficier de leurs droits et craignent
dêtre jugées avant dêtre aidées. La multiplication des délais pour chaque
demande administrative, les refus apparemment sans raison, leffet ping-pong qui
consiste à renvoyer les personnes de service en service, tous les obstacles découragent
et épuisent moralement ces citoyens. Pour eux, cest un véritable parcours de
combattant.
La
personne en difficulté doit être remise au centre de laction des services publics.
Ce nest pas à elle de sadapter à linstitution, mais à
linstitution de sadapter à elle.
Pour
être une espérance, le projet de loi doit être fort en matière daccès à
lemploi.
Pendant
les Trente Glorieuses, lemploi était un véritable outil dintégration
sociale. Le chômage, malgré la multiplication des politiques demploi, na pas
empêché la désocialisation croissante dune partie de la population.
Aujourdhui, les schémas traditionnels sont dépassés. Nous devons absolument -je
le répète sans cesse- activer les dépenses passives et sortir de lassistanat.
Le R.M.I
est un filet de sécurité qui doit être maintenu, mais il faut donner toute sa dimension
dinsertion au " I " de R.M.I. Nous devons transformer le revenu
de remplacement en revenu dactivité.
Concernant
laccès à lemploi, noublions pas que beaucoup de veuves et de
handicapés adultes sont en situation précaire et que des mesures urgentes doivent être
prises pour eux. Les catégories silencieuses ne doivent pas devenir les catégories
oubliées.
Je suis
également très inquiet au sujet de laccès à lemploi des jeunes de moins de
vingt-cinq ans. Nombre dentre eux ont épuisé la panoplie du traitement social du
chômage et sont désespérés. La décision, prise en son temps, de fixer à vingt-cinq
ans lâge minimum pour bénéficier du R.M.I -mesure prise dans le but
déviter u assistanat trop précoce- est considérée, à juste titre, comme injuste
par les jeunes, dautant que la solidarité familiale leur permet de plus en plus
difficilement de survivre.
Les
non-diplômés de cette catégorie dâge ne comprennent pas non plus, et là aussi
à juste titre, quils bénéficient moins que les diplômés du dispositif
emplois-jeunes.
A ce
propos, ne serait-il pas opportun de clarifier et duniformiser notre politique
daide à lemploi ?
La lutte
contre lillettrisme doit être intense car, faute de savoir lire, on est aveugle, et
il est alors plus difficile encore de sortir de lengrenage du chômage.
La
proposition du Gouvernement dériger laccès à la prévention et aux soins en
objectif prioritaire de la politique de santé est une espérance à laquelle nous ne
pouvons que souscrire. Cependant -et je le répète volontairement car cest un oubli
grave- on ne peut quêtre étonné de ne pas trouver dans ce texte lexcellente
idée que représente lassurance maladie universelle.
En
matière de santé, différents points doivent être abordés. Je voudrais tout
dabord insister sur la sécurité nutritionnelle des enfants dépendant notamment de
la fréquentation des cantines scolaires. La décision de verser les bourses scolaires en
une seule fois a provoqué, dans les quartiers sensibles, une diminution de la
fréquentation des cantines, les parents préférant souvent utiliser cette somme à
dautres fins. Cest intolérable.
Je
voudrais aussi insister sur le rôle fondamental de la médecine scolaire. Les médecins
scolaires, en liaison avec les infirmières scolaires, les assistantes sociales, les
parents délèves et les enseignants, ont un rôle pivot. Dune part, ils sont
capables de déceler les enfants à risques par leur comportements violents, leur
absentéisme, leurs fugues, la baisse de leurs résultats scolaires. Dautre part,
excellents observateurs des enfants, ils peuvent sensibiliser les enseignants à
léducation sanitaire.
Enfin,
à limage de la lutte contre la tuberculose, il faudrait mieux prendre en compte la
lutte contre la drogue, lalcool, le sida, les M.S.T.
La
santé est un problème global. Une véritable politique de santé publique comportant une
vraie politique de prévention est indispensable.
Le droit
au logement est un droit à lhabitat, facteur dinsertion permettant une
identification, une inscription dans un réseau de voisinage.
La
logique du marché sest imposée progressivement, en oubliant que la pénurie de
logements accélérait les situations dexclusion. Le problème du logement est avant
tout un problème doffre. Il nest pas tolérable quil y ait, dun
côté, des locaux vacants et, de lautre, des gens sans logement.
De
même, le problème des exclusions doit être traité à fond. A ce propos, une politique
de prévention doit être instaurée grâce à une intervention plus précoce et plus en
amont des services sociaux.
M. Jean-Luc Warsmann :
Tout à fait !
M. Denis Jacquat :
Pour
conclure, une politique de lutte contre les exclusions ne peut être efficace que si elle
bénéficie de personnels et dassociations de qualité. La formation des
travailleurs sociaux doit disposer de moyens financiers à la hauteur des besoins en
personnel qualifié.
Quant
aux associations luttant contre les exclusions, nous devons leur donner un coup de pouce,
dune part en assurant la formation de leurs bénévoles et, dautre part, en
leur accordant une forte baisse de la T.V.A sur les produits de première nécessité et
une diminution de leurs tarifs postaux.
Comme je
lai indiqué en préambule, le groupe U.D.F va vous proposer, par la voix de ses
différentes intervenants, des améliorations conséquentes, car la mission essentielle du
pouvoir, sous le contrôle de son opposition constructive, est de rendre heureux les
Français.
Si nous
voulons que demain tous les citoyens aient accès à une part de bonheur, il faut être
vigilant aujourdhui. Souvenons-nous que ce nest pas limpossible qui
désespère, mais le possible non atteint ( Applaudissements sur les bancs du groupe de
lUnion pour la Démocratie Française et du groupe du Rassemblement Pour la
République ).