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Lettre ouverte du 01 Décembre 1997
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| Madame le PREFET de la Région Lorraine Bernadette MALGORN 9 , place de la Préfecture 57000 METZ |
LETTRE OUVERTE
Metz le 1er Décembre 1997
Madame le Préfet,
Il mappartient sans doute, plus que tout autre, de donner une réponse à larticle "Le Téléthon soutient la "révolution médicale" paru dans le journal du Républicain Lorrain du dimanche 16 Novembre 1997 page 22, signé Bernard DUPRE.
Tout dabord, il faut que je me présente :
Jean-Charles JARCK, je suis né en 1972, je suis atteint de la forme la plus sévère des Myopathies, dite " Duchenne de Boulogne ", jai maintenant 25 ans, cest-à-dire un âge exceptionnel face à cette terrible maladie.
De nombreux messins me connaissent étant résident à Metz depuis 1991. Jai la chance, si lon peut dire, dêtre toujours en vie à mon domicile avec ma mère, non trachéotomisé parce que jai dû mastreindre à de nombreuses heures de ventilation assistée quotidiennes. Cest à cela que je dois la vie, uniquement parce que surtout, jai accepté de commencer ce traitement il y a douze années, en 1985, alors que mon espérance de vie était limitée à très peu de temps, selon tous les spécialistes concernés.
Cest-à-dire que jai été traité bien avant linstauration de tout Téléthon dans notre pays.
Il est donc grossièrement faux de faire croire maintenant que la "cause supérieure" de la vie, dans ma maladie, serait le résultat des apports de cette manifestation télévisée.
Ensuite, dans la myopathie, tout le monde peut constater que la technique de promettre une guérison, a été utilisée en fait, depuis plus de 20 ans.
Or aujourdhui, il nexiste toujours aucun résultat positif à ce sujet.
Si vous étiez malade, comme moi, ne penseriez-vous pas quil est anormal de susciter un Espoir aussi considérable sans être sûr de pouvoir tenir ses engagements ? Cela veut dire, pour nous les malades, que lespoir a fait place à des désillusions, catastrophiques pour notre moral.
A-t-on le droit, pour récolter de largent, de vanter publiquement un traitement futur qui nexiste toujours pas ?...
Lorsque vous prenez partie en faveur du Téléthon et que vous soutenez des "Gènes-médicaments", nengagez-vous pas lEtat et sa responsabilité ? ...
A ce titre, je voudrais donc
vous demander de répondre à des questions du citoyen myopathe que je suis :
- Quelle est lefficacité réelle, aujourdhui de ces
"Gènes-médicaments" pour guérir ma maladie ?
- Combien de temps, la publicité ne disant rien à ce sujet, dois-je tenir encore avant
dêtre guéri : 1 an, 10 ans, 50 ans ou plus ? ...
Je vais vous expliquer enfin pourquoi je me méfie des discours médiatiques au sujet de la générosité publique.
Dans le texte du journal, il est affirmé que lon aide au "quotidien" les personnes atteintes de ces maladies génétiques.
Dans mon cas, comme pour beaucoup dautres garçons myopathes que je connais et connaissais, cette affirmation est mensongère. Sans le secours de ma famille, ma situation personnelle serait désespérée : mes proches soccupent de moi en permanence, et je ne vois aucune possibilité davenir en dehors de cette présence. Alors, où est laide que lon promet aux malades, que vais-je devenir ? Vais-je être obligé de vivre interné ? ...
Pourquoi largent
du "Téléthon" na pas servi depuis 10 ans à résoudre au moins cette
interrogation :
- Comment organiser, tout de suite, la vie des myopathes "survivant à leur
myopathie" ?
Tel est lappel de détresse que je vous adresse, Madame le Préfet, pour que le soutien officiel que vous donnez au Téléthon se traduise dabord par une enquête sur les besoins et les aides réels des malades atteints de myopathie.
Jadresse une copie de cette lettre à ceux qui patronnent avec vous cette manifestation de générosité, en particulier au "Républicain Lorrain", en espérant quils me donneront, à moi myopathe, un "droit de réponse".
Je me tiens à votre disposition, ainsi quà toutes les personnes le souhaitant, pour confirmer la Vérité de mes affirmations.
La volonté de ma détermination est la seule force qui me permette de lutter avec courage pour la vie.
Avec tout mon espoir de pouvoir vivre décemment,
Je vous prie de croire, Madame le Préfet, en lexpression de mes sentiments respectueux.
Jean-Charles JARCK
- Pièce jointe